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Le Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis (KIPPRA) a mobilisé les membres d’un comité parlementaire afin d’éclairer le débat stratégique sur le prix des produits de base.

CONTEXTE —Au Kenya, le prix de nombreux produits essentiels, les aliments entre autres, n’a cessé de grimper au cours de la dernière décennie – le prix du sucre, par exemple, a augmenté de près de 65 % de 2000 à 2009. De manière générale, les prix ayant cours au pays étaient supérieurs aux prix ayant cours sur les marchés internationaux. Parallèlement, le revenu par habitant a diminué, minant ainsi le pouvoir des consommateurs d’acheter des biens essentiels. La hausse du coût de la vie et du prix des aliments de première nécessité comme la farine de maïs, le riz et le sucre a privé de nombreuses familles de repas quotidiens. Ces hausses risquent d’entraîner des répercussions négatives, notamment l’instabilité politique et économique, et elles ont, de fait, déclenché des débats et des protestations partout au pays.

En juin 2010, le Parlement a tenté de résoudre le problème et il a, à cette fin, présenté un projet de loi visant à contrôler les prix de nombreux produits essentiels. Mais, en septembre de la même année, le président Mwai Kibaki a refusé de signer le projet de loi, parce qu’il violait certains accords commerciaux que le Kenya avait conclus aux échelles internationale et régionale et qu’une telle loi serait difficile à appliquer. Aussi a-t-il plutôt demandé à l’Assemblée nationale de réviser le projet. En avril 2011, le Comité parlementaire spécial sur le coût de la vie était mis sur pied afin d’enquêter sur les facteurs contribuant à la hausse soudaine de l’inflation et du coût de la vie. Dans son rapport, le comité devait faire des recommandations substantielles ouvrant sur des solutions immédiates et à long terme qui seraient intégrées au projet de loi révisé. Le KIPPRA, inquiet des problèmes que pouvait susciter le contrôle des prix, est alors entré en scène.

CE QUE LE KIPPRA A FAIT —Depuis longtemps, le Kenya Institute for Public Policy Research and Analysis (KIPPRA) milite en faveur des marchés libres; c’est ce qu’il préconise dans le document d’orientation qu’il a rédigé en 2010 intitulé Should Kenya Revert to Price Controls? Reconnaissant que le contrôle des prix peut représenter une bonne solution face aux lacunes des marchés et qu’il peut être avantageux pour les pauvres à court terme, le think tank a d’autre part constaté son inefficacité comme mesure à long terme, au Kenya comme ailleurs. Entre autres effets négatifs, le contrôle des prix a provoqué des pénuries alimentaires forçant les gens à faire la file, l’apparition du marché noir et même l’effondrement des secteurs ciblés. Dans les années 1990 au Kenya, il a, entre autres, donné lieu à des allégations de manipulation, de corruption et d’ingérence politique et entraîné de ce fait des conditions de marché imprévisibles, des pertes considérables pour les entreprises et des congédiements qui ont suscité le mécontentement populaire. Le KIPPRA, quant à lui, préconisait plutôt l’augmentation de la productivité agricole, la diversification des modèles de consommation grâce à un soutien aux produits de substitution et une plus forte concurrence au sein du secteur privé.

Le KIPPRA était conscient du fait que bon nombre de politiciens penchaient pour un contrôle des prix afin de gagner la faveur populaire, en particulier dans le contexte d’un référendum à venir suivi peu après d’une élection générale. Cependant, l’Institut était d’avis que les députés, les médias et le grand public n’étaient pas suffisamment renseignés sur le sujet et sur les répercussions réelles que le contrôle des prix pouvait avoir sur l’économie et la stabilité sociale du Kenya. Afin d’assurer le leadership voulu au sein du débat, le KIPPRA s’est employé à mobiliser les députés siégeant au Comité parlementaire spécial sur le coût de la vie et à communiquer des messages stratégiques clés lors de présentations diverses et de tables rondes, ainsi que par le truchement des médias. À titre d’exemple, il a organisé des journées de réflexion au cours desquelles il a expliqué les enjeux, les avantages et les désavantages relatifs au contrôle des prix et présenté une analyse situationnelle des produits de base ciblés.

RÉSULTAT —En septembre 2011, le président Kibaki a donné son assentiment à la Price Control (Essential Goods) Act 2011 (Loi sur le contrôle des prix des biens essentiels). Il s’agissait d’une version très révisée du projet de loi qui excluait la règlementation de nombreux produits essentiels inscrits dans le projet originel. En déposant son rapport au Parlement en octobre 2011, le Comité spécial a invité à la prudence dans la mise en oeuvre de la Loi et il a réussi à convaincre d’autres députés de renoncer à l’imposition d’un contrôle général des prix. Les recommandations qu’il a formulées reflétaient en grande partie celles du KIPPRA, concernant notamment la mise en place d’un programme d’aide sociale afin de protéger les segments de la population les plus vulnérables, l’augmentation de la productivité agricole et l’accroissement de la superficie des cultures vivrières irriguées.

Grâce à cette expérience, le KIPPRA s’est rendu compte que, pour exercer une influence fructueuse sur le plan des politiques, il fallait collaborer très étroitement non seulement avec l’organe exécutif du gouvernement, mais aussi avec les membres de la législature, qui sont de plus en plus instruits et renseignés, le corps judiciaire et les médias. Faisant fond sur le succès remporté auprès des membres du Comité spécial, l’Institut a depuis préparé un protocole d’accord avec l’Assemblée nationale qui, une fois adopté, lui permettra d’anticiper les débats parlementaires à venir sur des questions stratégiques fondamentales et de mettre au point des mécanismes adéquats pour éclairer le processus d’élaboration des politiques.

Pour en savoir plus sur le KIPPRA, consulter le www.kippra.org

Renseignements de base

Date Established:
1999

Nairobi, Kenya
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