Image Credit: Trevor Samson

À l’aide de projets de recherche destinés à attirer l’attention sur les perspectives de croissance et d’emploi de l’économie informelle, l’Institute of Policy Analysis and Research (IPAR-Rwanda) éclaire les politiques gouvernementales prises en faveur des petites entreprises familiales au Rwanda.

CONTEXTE —Le Rwanda est le pays d’Afrique le plus densément peuplé. La majorité des Rwandais – notamment ceux qui vivent en zone rurale – assurent leur subsistance grâce au travail de petites parcelles fragmentées, dont les conditions se dégradent rapidement. Même si le taux de pauvreté est en baisse, les inégalités restent élevées. Face aux inquiétudes croissantes liées à la pression démographique et à la faible productivité agricole, les emplois non agricoles ont été indentifiés comme des solutions valables pour réduire la pauvreté et créer des emplois. Les petites entreprises familiales, intégrées à l’économie informelle, en constituent un exemple. Ce terme désigne généralement des marchands indépendants (comme les marchands ambulants) et leurs familles. Ces entreprises représentent la plus grosse part du secteur privé et emploient plus de 700 000 personnes.

Dans le cadre de sa vision économique à long terme, le Rwanda envisage de devenir d’ici à 2020 un pays à revenu intermédiaire dynamisé par son secteur privé. Même si le gouvernement reconnaît que cela nécessitera une augmentation considérable du nombre d’emplois indépendants en dehors du secteur agricole, sa politique de juin 2010 pour le développement des petites et moyennes entreprises (Small and Medium Enterprise Development Policy) ne reconnaît pas l’importance des petites entreprises familiales. Elle ne prévoit pas non plus de stratégie pour aider à leur établissement et à leur développement. Preuve de ce constat: en 2010, le Sénat rwandais a déploré l’absence des petites entreprises familiales dans l’agenda politique et a appelé à une meilleure reconnaissance du secteur informel en tant que vivier d’emplois potentiels.

CE QUE l’IPAR-RWANDA A FAIT —L’Institute of Policy Analysis and Research (IPAR-Rwanda) est une organisation indépendante de recherche, à but non lucratif, qui oeuvre pour promouvoir la prospérité, les opportunités de développement et l’intégration au Rwanda. En 2012, l’IPAR-Rwanda a publié une étude intitulée Raising Productivity and Reducing the Risks of Household Enterprises in Rwanda (Augmenter la productivité et réduire les risques des petites entreprises familiales au Rwanda), qui lui avait été commandée par la Banque mondiale. Ce project devait contribuer à la définition d’une stratégie nationale pour augmenter la productivité dans le secteur des petites entreprises familiales.

Pour cette étude, l’IPAR-Rwanda a utilisé une enquête sur les conditions de vie des ménages rwandais (Household Living Conditions Survey), qui avait été conçue pour sonder les conditions de vie et les critères de pauvreté auprès d’un panel représentatif de 6 900 ménages. Afin d'informer les politiques sur le secteur informel, l’IPAR-Rwanda a entrepris de démontrer la capacité des petites entreprises familiales à dynamiser le développement à l’échelle communautaire et à contribuer plus largement au développement économique. L’Institut a également cherché à analyser quelles sont les barrières au développement et à la productivité auxquelles ces entreprises sont confrontées, en tâchant d'identifier les mesures politiques qui pourraient contribuer à leur développement. En appliquant une procédure collaborative, l’IPAR-Rwanda a entrepris un travail de terrain et a organisé des consultations en continu.

Ces travaux de recherche ont mené à la conclusion que les petites entreprises familiales constituent une importante source de revenu pour un tiers de la population rwandaise. De plus, si ces entreprises avaient accès aux marchés, à des locaux professionnels adaptés, à des capacités de production et à des ressources financières, elles pourraient prospérer en tant que plates-formes entrepreneuriales et largement contribuer à l’emploi, à la croissance économique rurale et au développement. Sans oublier que ces recherches ont montré qu’alors même que beaucoup de ménages souffrent encore de la pauvreté, les ménages qui comptent au moins un commerçant indépendant sont moins susceptibles d’être pauvres que les ménages qui n’en comptent aucun, ce qui fait de ce secteur un instrument intéressant pour lutter contre la pauvreté.

L’IPAR-Rwanda avait estimé qu’en permettant une meilleure compréhension des petites entreprises familiales en tant que leviers du développement économique rural, les décideurs politiques reconnaîtraient l’importance de ce secteur et l’intégreraient à l’agenda de développement du secteur privé rwandais ainsi qu’à leur stratégie plus globale de réduction de la pauvreté.

RÉSULTAT —Pendant la procédure de recherche, l’IPAR-Rwanda a présenté les conclusions préliminaires de son étude Raising Productivity and Reducing the Risks of Household Enterprises in Rwanda durant un atelier regroupant les principales parties prenantes, notamment le Secrétaire permanent du ministère des Finances et de la Planification économique (Permanent Secretary in The Ministry of Finance and Economic Planning), l’Économiste en chef de la Banque centrale, le Directeur général de l’Institut national rwandais de la statistique (Director General for the National Institute of Statistics of Rwanda), des membres du Parlement (Commission économique) et des membres officiels du ministère du Travail (Ministry of Labor) ainsi que du ministère du Commerce et des Échanges commerciaux (Ministry of Commerce and Trade). Ce rapport avait également été présenté à la Commission économique du Sénat rwandais et au bureau de Kigali de la Banque mondiale avant d’être envoyé au siège de la Banque mondiale, à Washington. L’IPAR-Rwanda a également produit un documentaire sur la base de ce rapport, qui a été diffusé à la télévision nationale rwandaise.

À partir des conclusions et des recommandations de l'IPAR-Rwanda, le gouvernement a repensé sa définition des entreprises et a reconnu le besoin d’inclure à part entière les petites entreprises familiales dans sa stratégie de développement du secteur privé. Cette décision a finalement pris forme dans le cadre de sa deuxième stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté (Economic Development and Poverty Reduction Strategy), qui, dans son volet « Productivité et emploi des jeunes », donne la priorité aux petites entreprises familiales. Plus concrètement, les petites entreprises familiales ont été intégrées à cette stratégie grâce à des initiatives de promotion de la productivité des jeunes et des femmes, grâce à des initiatives de formation sur les micro-entreprises, grâce à la mise à disposition de capitaux via des fonds de développement d’entreprises (Business Development Funds) et grâce à un concours d’entrepreneuriat lancé par le ministère du Commerce et des Échanges commerciaux (Ministry of Commerce and Trade).

Pour en savoir plus sur l’IPAR-Rwanda consulter le http://www.ipar-rwanda.org

Renseignements de base

Date Established:
2008

Kigali, Rwanda
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