Source: Gender At Work

[Ce blogue fait partie d’une série de blogues, Walking the Talk : Think tanks et Gender, qui décrit les réussites et les défis auxquels les think tanks appuyés par l’ITT ont dû faire face dans la lutte contre l’inégalité entre les sexes. Cette série est sous la direction des associés de Gender at Work Carol Miller, David Kelleher et Aayushi Aggarwal, ainsi que de Shannon Sutton du Centre de recherches pour le développement international (CRDI).]

Il était facile de se sentir inspiré dans la chaleur de la ville de Guatemala (alors que la température dépassait à peine 0°C chez nous, à Ottawa), et entouré de personnes provenant de cinq différents think tanks situés dans cinq pays différents. Pendant quatre jours, tout le monde a partagé des réflexions honnêtes sur ses expériences personnelles et professionnelles dans le cadre de l’atelier final du Projet d’apprentissage par l’action sur la sexospécificité, soutenu par l’Initiative Think tank (ITT).

J’avais été invitée à participer à cet atelier dans le cadre de mon cheminement de réflexion et d’apprentissage sur la sexospécificité dans la recherche, en m’appuyant sur mon travail sur la qualité de la recherche. Depuis l’été 2018, je travaillais avec Manuel Acevedo, consultant auprès de l’ITT, pour aider deux think tanks à adapter et à mettre en oeuvre l’approche Qualité de la recherche plus (QR+) au sein de leur organisation (voir le blogue de Manuel de cette série, On becoming a feminist). QR+ est une nouvelle approche de réflexion sur la qualité de la recherche qui a été élaborée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), et qui va au-delà des mesures universitaires et des taux de citations pour examiner d’autres dimensions de la qualité, notamment l’intégrité, la légitimité et l’importance de la recherche.

Un autre mode de pensée en matière de qualité de la recherche

L’approche QR+ a été élaborée par le CRDI pour aider à évaluer les projets de recherche d’une manière compatible avec les valeurs du CRDI en matière de recherche. Il s’agit d’une approche conceptuelle et d’un cadre pour évaluer la qualité de la recherche. Même si l’approche comprend des éléments normalisés, le cadre de QR+ était censé être adaptable pour permettre à d’autres organisations de refléter ce qu’elles valorisent dans le cadre de la qualité de la recherche.

Dans le cadre de ce processus d’adaptation, Manuel et moi avions travaillé avec deux organisations, soit l’Asociación de Investigación y Estudios Sociales (ASIES) au Guatemala et Grupo Faro en Équateur, et il est devenu apparent que les deux organisations souhaitaient approfondir leur réflexion sur l’intégration et l’évaluation de la sexospécificité en tant que composante de la qualité de la recherche. Comme la sexospécificité est un sous-élément de l’intégrité de la recherche dans le cadre QR+ et un thème important pour l’ITT, on a mis particulièrement l’accent sur celle-ci au cours du projet.

Puisque l’ASIES participait déjà au Projet d’apprentissage par l’action sur la sexospécificité, nous avons eu l’occasion d’assister à l’atelier final de ce projet pour partager les leçons apprises entre les deux projets. Manuel et moi avons été invités à y participer pour communiquer de l’information sur l’approche QR+, tout en bénéficiant de l’expertise en matière de sexospécificité des participants au Projet d’apprentissage par l’action sur la sexospécificité.

Plonger dans une réflexion sur la sexospécificité dans la recherche

Au cours de l’atelier, Manuel et moi espérions susciter une discussion sur la façon dont l’approche QR+ pourrait être la plus utile et comment elle pourrait être utilisée pour mieux aider les organisations à réfléchir à l’intégration des considérations d’ordre sexospécifique dans le processus de recherche. Par exemple : Y avait-il d’autres directives ou éléments manquants au sujet de la sexospécificité dans le cadre de l’approche QR+ ? Quels conseils pourrions-nous donner à d’autres organisations sur la façon d’intégrer la sexospécificité dans leur recherche, et (comment) cela peut-elle être prise en compte dans un cadre d’évaluation ? Quelles sont les considérations qui sont différentes lorsqu’il est question d’intégrer une considération sexospécifique dans un projet de recherche précis, par rapport à l’intégration de la sexospécificité dans les systèmes organisationnels ?

Les discussions portaient sur cinq principaux domaines qui sont pertinents pour la réflexion sur l’approche QR+, ainsi que l’évaluation de la sexospécificité dans la recherche de manière plus générale. Ces thèmes comprenaient :

  1. Le langage et de la terminologie, y compris le langage utilisé pour la sous-dimension « sexospécifique » de l’approche QR+. Le maintien d’une utilisation et d’une application uniformes des termes communs a été reconnu comme étant très important. De plus, il a été reconnu que tout le monde ne comprend pas les termes de la même façon, et qu’il est tout aussi important de tenir compte des répercussions de ces termes. Quel serait l’intérêt d’utiliser un terme comme « adapté aux sexospécificités », tel qu’il est utilisé par les Nations Unies, qui fait souvent référence à un projet traitant des dimensions sexospécifiques, ou un terme qui repousse davantage les limites comme « sexotransformateur », qui est souvent utilisé pour désigner des projets visant à transformer les relations et la dynamique du pouvoir entre les sexes, mais qui pourrait ne pas être pertinent pour tous les projets de recherche ?
  2. Les personnes qui mènent la recherche sont une question importante, tout comme la méthodologie utilisée pour la mener. Existe-t-il un moyen de connaître l’identité des personnes qui font partie des équipes de recherche; par exemple, les équipes de recherche sont-elles composées de femmes et d’hommes ? Bien que la diversité sexospécifique au sein des équipes de recherche soit importante, il a également été reconnu que cela n’assurerait pas une solide analyse comparative entre les sexes. De plus, nous pourrions tenir compte d’autres éléments du contexte de la recherche, notamment les personnes qui sont mentionnées dans les analyses documentaires ou celles qui établissent le programme de recherche.
  3. Les avantages et les limites de l’évaluation de la sexospécificité en tant que sous-dimension distincte. Bien que les participants aient convenu qu’il était important d’évaluer la sexospécificité en tant que sous-dimension distincte afin de ne pas la négliger, ils ont également constaté comment la sexospécificité serait liée à d’autres dimensions. Cela pourrait comprendre, par exemple, la façon dont la sexospécificité recoupe des éléments de l’intégrité de la recherche, de l’importance de la recherche ou des répercussions du contexte politique ou de la recherche. Bien que l’approche QR+ vise à reconnaître l’interdépendance des diverses dimensions de la qualité, existe-t-il un moyen de s’assurer que les examinateurs seront en mesure d’isoler cette composante en tant que sous-dimension, tout en saisissant également son lien avec ces autres éléments ? Par exemple, alors qu’un projet de recherche peut obtenir de faibles résultats en ce qui concerne la sous-dimension sexospécifique dans un contexte précis, le même type de projet pourrait avoir un effet transformateur dans un contexte différent.
  4. La quantité de directives à fournir en ce qui concerne les dimensions sexospécifiques des outils d’évaluation. Les brèves descriptions actuelles de la façon d’évaluer les différentes dimensions de la qualité de l’approche QR+ (une échelle allant de « inacceptable » à « très bonne”) permettent aux évaluateurs d’évaluer rapidement la qualité. Pourtant, un compromis a été trouvé entre fournir ces descriptions limitées pour les évaluations rapides et fournir davantage de renseignements pour aider à mieux orienter les examinateurs et à assurer une application plus uniforme. Lorsque les examinateurs ne sont peut-être pas des experts en sexospécificité, le fait de fournir des renseignements supplémentaires sur la façon d’évaluer cette dimension pourrait s’avérer utile.
  5. Surmonter les obstacles organisationnels à la sexospécificité dans la recherche. Bien qu’elle soit légèrement en dehors de la portée de l’approche d’évaluation de la recherche, l’approche QR+ était perçue comme une porte d’entrée possible pour des discussions sur les obstacles organisationnels et les possibilités d’améliorer l’égalité entre les sexes. Il pourrait s’agir d’aborder les pratiques d’embauche sexospécifiques, de mettre en oeuvre des protocoles ou des politiques organisationnelles en matière d’égalité entre les sexes. Par exemple, le fait de mieux connaître les personnes qui mènent la recherche peut soulever des questions sur l’importance d’appuyer la participation des femmes (c.-à-d. soutenir les chercheuses en leur offrant des services de garde d’enfants pendant qu’elles réalisent des travaux sur le terrain).

Je suis reconnaissante de l’expertise et des expériences qui ont été partagées par les participants au Projet d’apprentissage par l’action sur la sexospécificité, et j’en suis ressortie revigorée pour continuer à améliorer mes propres capacités en matière de sexospécificité dans la recherche. Au cours de ces discussions, il est devenu évident que les approches d’évaluation de la qualité de la recherche, telles que l’approche QR+, peuvent être utiles aux chercheurs et aux organisations qui cherchent à faire valoir l’importance d’intégrer l’analyse comparative entre les sexes dans leur recherche et au sein de leur organisation. On nous a également rappelé, à Manuel et à moi, les complexités et les compromis inhérents à l’évaluation de la sexospécificité en tant que composante de la qualité de la recherche.

Bien que nous n’ayons peut-être pas obtenu de réponses faciles, les discussions ont fait ressortir d’importantes considérations lorsqu’il est question d’intégrer la sexospécificité dans la recherche ou les pratiques organisationnelles, et les défis inhérents à l’évaluation de ces approches. À la lumière de ces discussions, on me rappelle encore une fois à quel point il est important de poser continuellement des questions, d’apprendre continuellement et de renforcer les capacités (les nôtres et celles de nos partenaires) pour aborder et évaluer la sexospécificité dans la recherche.

Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Gender at Work ou de l’Initiative Think tank du CRDI.