Au Ghana, on fait de plus en plus appel à la recherche pour éclairer l’élaboration des politiques. Depuis sa création il y a 25 ans, l’Institute of Economic Affairs (IEA), le premier groupe de réflexion indépendant du Ghana dédié aux politiques, a affiché un excellent bilan en exerçant une influence sur l’élaboration de plusieurs politiques et lois nationales, et ce, par l’intermédiaire des recommandations issues de ses recherches. L’IEA cherche à consolider sa réputation à titre de centre de premier plan pour la recherche fondée sur des données probantes aptes à éclairer le processus décisionnel.

[Note de la rédaction : L’article qui suit est le sixième d’une série sur les groupes de réflexion (think tanks) et le renforcement des capacités organisationnelles, publiée sous la direction de Katy Stockton et de Shannon Sutton. Le livre Action Research and Organisational Capacity Building: Journeys of change in southern think tanks, dont s’inspire cette série, peut être consulté ici. Cet article a été rédigé par le Dr Michael Ofori-Mensah, chargé de recherche principal à l’Institute of Economic Affairs (IEA-Ghana). Michael s’intéresse aux questions de gouvernance, et particulièrement aux réformes institutionnelles et à la reddition de comptes par le secteur public.]

À cet égard, la qualité de la recherche est un domaine critique où l’Institut cherche sans cesse à renforcer ses capacités. Selon l’IEA, la qualité de la recherche repose sur une « activité de recherche rigoureuse, fondée sur des données probantes et en temps opportun, qui réagit à une lacune particulière sur le plan des politiques et qui cherche à combler cette lacune ». La définition de l’Institut tient compte de l’originalité et de la rigueur méthodologique. Dans l’ensemble, la recherche de qualité doit cadrer avec les objectifs poursuivis.

Par conséquent, lorsque l’Initiative Think tank (ITT) nous a invités à participer à une étude recourant à la recherche-action pour le renforcement des capacités organisationnelles (RCO), nous avons jugé qu’il agissait là d’une occasion de nous engager dans une démarche de renforcement de la qualité de notre recherche. En fait, nous avons choisi d’axer notre processus de RCO sur le « renforcement de la qualité de la recherche » à la suite d’une évaluation critique de notre contexte interne et externe. Sur le plan interne, les jeunes chercheurs à l’IEA ne faisaient qu’offrir un soutien à la recherche, en procédant à la collecte de données et en réalisant des travaux sur le terrain, mais avec une capacité restreinte de produire leurs propres documents de recherche. Sur le plan externe, on a tenu compte de la demande croissante de travaux de recherche fondée sur des données probantes provenant des responsables des politiques, de même que du besoin de réagir en temps opportun aux nouveaux défis sur le plan des politiques.

Approche

La stratégie adoptée par l’IEA pour améliorer la qualité de la recherche voulait que l’on comble les lacunes sur le plan des capacités humaines et institutionnelles en matière de recherche; pour ce faire, nous nous sommes avant tout concentrés sur le renforcement des capacités individuelles et l’examen par les pairs. Pour amorcer sa démarche de recherche-action, l’IEA a commencé par constituer un noyau de chercheurs qui participeront à la démarche et la dirigeront. Nous avons organisé des rencontres bimensuelles et produit des documents d’orientation pour alimenter une réflexion ciblée par les membres du personnel. Nous avons aussi adopté une procédure de documentation des réflexions du personnel concernant la démarche de recherche-action, qui comprenait notamment le regroupement des réponses aux questions soulevées dans les documents de réflexion et les discussions suscitées par ces réponses. Dans la foulée de ces discussions, on a cerné les domaines particuliers des démarches de recherche de l’Institut qu’il fallait renforcer ainsi queles méthodes ou les activités à adopter, pour ensuite confier cette tâche à un groupe de chercheurs. On a aussi mis en place un cadre de suivi et d’évaluation du rendement.

Constituer une base de connaissance

L’Institut a d’abord axé son renforcement des capacités en matière de ressources humaines sur les jeunes chercheurs. On cherchait à renforcer leurs compétences afin qu’ils soient en mesure de mener des recherches indépendantes et de publier des articles. Les directeurs de recherche ont travaillé avec ces chercheurs pour cerner leurs besoins en matière de formation. À la suite de l’évaluation des besoins, on a confié à des chercheurs chevronnés des rôles et des fonctions particuliers en matière de renforcement des capacités; on leur a entre autres demandé d’offrir une formation interne aux chercheurs débutants. Les chercheurs ont aussi reçu une formation externe lorsqu’on ne pouvait combler le manque de capacités en interne. On a aussi commencé à assurer une reconnaissance publique aux chercheurs débutants grâce à la publication de leurs travaux de recherche dans des journaux nationaux et dans les exposés de politique de l’IEA.

En ce qui a trait au renforcement des capacités institutionnelles, l’IEA s’est attaché à renforcer son service des enquêtes. Puisque ce service est relativement nouveau, on a jugé que ce domaine pourrait profiter de la démarche de RCO. En renforçant le service, on voulait s’assurer que tous les enseignements tirés des divers volets des enquêtes (méthodologies, processus et expériences) étaient documentés sous forme de manuel pour étayer le savoir et l’expérience institutionnels. Les jeunes chercheurs comme les chercheurs chevronnés ont reçu une formation sur la façon de mener des enquêtes. Pour l’IEA, le défi consistait à assurer la cohérence du manuel destiné à orienter les chercheurs en matière d’élaboration, d’analyse et de compte-rendu des enquêtes.

Améliorer les normes : l’examen par les pairs

Par l’intermédiaire de la démarche de RCO, l’IEA a mis en place un système d’examen par les pairs. Les chercheurs présentent tout d’abord une esquisse de leur recherche après en avoir élaboré un résumé. L’esquisse fait l’objet de discussions lors d’une réunion sur les recherches en cours, après quoi les chercheurs produisent une première ébauche. On discute de cette ébauche à l’occasion d’une deuxième réunion, au cours de laquelle des personnes-ressources de l’extérieur formulent leurs commentaires. On peaufine ensuite l’ébauche avant de la présenter à l’occasion d’une table ronde à laquelle sont invités des spécialistes, des universitaires et des responsables des politiques compétents. La table ronde constitue une autre étape de l’évaluation de la qualité, qui permet de contrôler les données probantes et la rigueur de la recherche. Cette démarche offre aussi l’occasion de remettre en question et de comprendre plus à fond certaines constatations de la recherche de l’IEA. La rétroaction de la table ronde est intégrée au document, qui fait ensuite l’objet d’une dernière révision avant sa publication.

Résultats

Le renforcement des capacités et l’examen par les pairs mis en place dans le cadre du processus de RCO ont eu des répercussions considérables. Tout d’abord, l’IEA a acquis des capacités internes de mener des enquêtes. Par conséquent, l’ensemble du processus de collecte des données, de codage, d’analyse de présentation des constatations de deux importantes enquêtes effectuées depuis la démarche de RCO a été réalisé par le personnel de l’IEA. Cette façon de faire constitue une amélioration par rapport aux années antérieures, lorsqu’on avait dû externaliser l’analyse des données, et ce, à grands frais.

Deuxièmement, les jeunes chercheurs ont renforcé leurs capacités en matière de recherche et de rédaction, ce qui a donné lieu à une augmentation des publications. Avant la démarche de RCO, l’Institut produisait environ 18 publications par année; il en produit maintenant une moyenne de 25 par année, qui sont l’oeuvre de chercheurs tant débutants que chevronnés. L’Institut a aussi pu réagir en temps opportun aux enjeux émergents en matière de politiques, puisque les chercheurs débutants sont maintenant plus aptes à travailler de manière autonome.

Troisièmement, le recours à la recherche concertée par les chercheurs tant débutants que chevronnés a produit des résultats : la motivation s’est accrue et le taux de maintien en poste des chercheurs débutants a augmenté. À ce jour, leur travail a été publié dans des journaux nationaux ainsi que dans des exposés de politiques de l’IEA.

Quatrièmement, les rencontres périodiques portant sur les recherches en cours et le processus d’examen par les pairs ont favorisé une recherche de meilleure qualité. Les questions de recherche, par exemple, sont mieux formulées. Dans l’ensemble, les résultats ci-dessus sont conformes aux résultats attendus de la démarche de RCO.

Engagement collectif

En raison des exigences du contexte en matière de politiques, des activités imprévues ont forcé le report de certaines réunions portant sur les recherches en cours. Cela s’est avéré ardu puisque les membres de l’équipe de RCO ont dû ajouter de nouvelles réunions à leur agenda. La mobilisation des ressources nécessaires pour les processus de documentation internes s’est aussi avérée exigeante. De plus, la réalisation du processus de RCO de concert avec l’exécution du vaste éventail de programmes de l’Institut a exigé plus de temps de la part du personnel. Il reste qu’une coordination efficace et l’engagement de l’équipe ont permis de relever ces défis.

La participation au processus de RCO a véritablement amélioré la qualité des extrants de la recherche à l’IEA. L’engagement et l’adhésion collectifs ainsi que le solide appui du personnel de l’Institut, découlant du fait que tous les processus étaient dirigés et initiés par l’IEA, se sont révélés des facteurs de réussite décisifs. Dans l’ensemble, le processus de RCO a aidé l’Institut à faire le point sur ses processus internes et à élaborer des systèmes pour renforcer ses capacités humaines et institutionnelles. La démarche a aussi permis à l’Institut de se familiariser avec la pratique et la valeur des démarches périodiques de réflexion internes. Cette pratique s’est avérée extrêmement utile pour l’Institut, qui doit maintenant trouver les moyens de poursuivre la démarche de réflexion.

Dans l’ensemble, la démarche de RCO a contribué à améliorer la qualité des extrants de la recherche de l’IEA. Grâce au renforcement permanent des capacités visant à améliorer la qualité de la recherche, nous espérons accentuer les répercussions du travail de l’IEA.

Tags