Source: Simone D. McCourtie / World Bank

En tant que femme membre d’un think tank au Public Affairs Centre (PAC) en Inde, je souhaite faire avancer la discussion sur le genre dans tous les aspects de notre travail. J’ai donc étudié comment l’identité et le genre se recoupent et accentuent les déséquilibres de pouvoir et les inégalités. Ce billet de blog revient sur des discussions que j’ai eues au sujet de l’intersectionnalité avec des bailleurs de fonds et des think tanks dans le cadre de l’Initiative Think tank.

[Varsha Pillai est gestionnaire de programme au Public Affairs Centre en Inde, un think tank sans but lucratif axé sur la bonne gouvernance.]

Le terme « intersectionnalité » sert généralement à exprimer l’idée que les expériences individuelles ne sont pas seulement définies par le genre, mais également par des facteurs comme la race, la classe, la caste et l’orientation sexuelle, eux-mêmes déterminés et façonnés par les systèmes de pouvoir sociaux. Comprendre l’intersectionnalité est essentiel pour atteindre l’objectif 5 du Programme de développement durable de l’ONU, qui préconise des mesures afin de réduire l’inégalité entre les sexes et d’autonomiser les femmes. Considérée comme un concept émergent, l’intersectionnalité n’aborde pas les identités comme étant indépendantes les unes des autres, mais plutôt comme étant interconnectées. Différents résultats sociaux, économiques et politiques découlent de l’interaction de ces identités, tant sur le plan individuel que systémique. Afin d’analyser efficacement la corrélation des enjeux en matière de développement, les think tanks doivent impérativement adoptent une perspective intersectionnelle sur leur travail et sur la manière dont ils l’accomplissent.

L’intersectionnalité est importante, car elle tient compte de la façon dont le pouvoir s’exerce à travers l’identité, la manière dont l’oppression survient et les formes qu’elle revêt. Pour les think tanks qui font sincèrement la promotion de la diversité du personnel, des idées et des opinions au sein de leur organisation, la compréhension de ces intersections est essentielle. En effet, ils ne peuvent échapper aux structures de pouvoir et aux autres complexités (race, classe, caste et orientation sexuelle) au sein de leurs propres organisations et de la sphère des politiques publiques. Ils doivent même se frayer un chemin à travers ces complexités s’ils veulent parvenir à une transformation par l’intermédiaire de leurs domaines de recherche et de leurs processus organisationnels.

Que signifie l’intersectionnalité dans le contexte indien ? Aide-t-elle à comprendre la nature fractionnée de nos identités ou complique-t-elle la recherche ? Les identités de caste et le genre jouent un rôle crucial dans la pratique du développement en Inde. Les structures de pouvoir reflètent ces catégories sociales (qui sont ainsi exposées à la marginalisation), de même que les hiérarchies de classes et l’accès aux possibilités d’application régulière de la loi. Certes, la recherche serait plus simple si l’on excluait ces dimensions, mais sans ces dernières, la recherche resterait majoritairement unidimensionnelle et ne refléterait pas la réalité qu’elle cherche à comprendre.

Les think tanks étant des organisations qui tentent de transformer les systèmes et les structures sociales dont elles font partie, ils doivent s’attaquer aux problèmes liés à l’intersectionnalité par la recherche et par l’examen de leurs propres pratiques.

Les discussions que j’ai eues avec la communauté des think tanks sur ce sujet ont donné lieu à des réflexions intéressantes, dont celles que je développe ci-dessous :

  • L’intersectionnalité peut rendre compte des réalités vécues et de la nature structurelle des inégalités : Le discours actuel sur le développement est en train d’évoluer et d’intégrer des concepts tels que l’intersectionnalité, qui mettent clairement l’accent sur les personnes. Même le programme relatif aux objectifs de développement durable et l’engagement visant à ne laisser personne de côté reconnaissent ce point, bien qu’ils n’emploient pas le terme « intersectionnalité ».
  • L’intersectionnalité englobe avec efficacité la diversité et la marginalisation : Les think tanks doivent saisir la diversité des expériences vécues, lesquelles sont profondément façonnées par l’oppression et la marginalisation, et surtout tenir compte des différentes dimensions de l’identité qui entrent en jeu, car ces concepts sont étroitement liés au pouvoir réel.
  • L’intersectionnalité permet de prendre clairement position en faveur de l’inclusion et de l’équité : L’intersectionnalité ne peut plus être ignorée si les think tanks se penchent sur la pratique du développement en tenant compte des principes d’inclusion et d’équité. Une meilleure compréhension des schémas d’exclusion et d’inégalité et de leur fonctionnement est possible si l’on considère les systèmes et les structures sociales sous tous les angles comme des sujets de recherche et comme des composantes des systèmes et des pratiques internes des think tanks.

Pour diverses raisons, il serait judicieux que les think tanks adoptent une approche intersectionnelle de leur travail, que ce soit par la recherche, les activités de sensibilisation ou la mobilisation du public, afin de rester pertinents et réellement efficaces.

(L’auteure souhaite remercier les personnes suivantes pour leurs réflexions sur l’intersectionnalité : Seema Bhatia-Panthaki (CRDI), Shannon Sutton (CRDI) et Gurucharan Gollerkeri (PAC), qui ont contribué à la rédaction de cet article.)