Le Programme de développement durable de 2030 reconnaît le rôle prépondérant que peuvent jouer les jeunes pour éradiquer la pauvreté et stimuler le développement, mais un trop grand nombre de jeunes se heurtent encore à des obstacles qui les empêchent de remplir ce rôle. Le manque d’emplois décents est l’une des principales difficultés. C’est pourquoi, à l’occasion de cette Journée internationale de la jeunesse, il convient de souligner l’importance de la création d’emploi dans le cadre du thème de cette année : En route vers 2030 : éradiquer la pauvreté et établir une production et une consommation durables

[Note de la rédaction: Marie-France Boucher est Agente de gestion de programme au Centre de recherche de développement international et travaille pour l'Initiative Think Tank.]

Aujourd’hui, neuf jeunes sur dix âgés de 15 à 30 ans vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Cette explosion démographique de la jeunesse constitue un énorme potentiel de croissance économique et de développement pour ces pays. Cependant, en l’absence d’emplois décents, ils risquent de passer à côté des retombées économiques que leurs jeunes travailleurs actifs pourraient générer.

Tout commence par des emplois décents

Qu’entendons-nous par « emploi décent » ? Un emploi décent est un emploi productif qui contribue à l’économie officielle. Il lie l’employeur et l’employé par un contrat écrit protégeant les deux parties, il confère à l’employé des compétences transférables et il donne lieu à une rémunération qui permet à l’employé de satisfaire ses besoins fondamentaux. Les conditions de travail des travailleurs pauvres, c’est-à-dire les personnes qui touchent moins de 2 $ US par jour, qui travaillent sur une base informelle, à temps partiel, qui occupent un emploi saisonnier, occasionnel ou temporaire, peuvent constituer un frein à une vie décente.

Malheureusement, ces types d’emploi sont en grande majorité occupés par les jeunes et non par des travailleurs plus âgés. En effet, en 2013, les jeunes actifs étaient 1,5 fois plus susceptibles d’être en situation d’extrême pauvreté que les autres tranches d’âge. L’Organisation internationale du Travail estime que jusqu’à 169 millions de jeunes gagnent moins de 2 $ US par jour. Cette situation est le résultat de plusieurs facteurs, notamment l’accès limité à l’éducation, le manque d’expérience par rapport aux autres groupes d’âge et les occasions d’emploi proposées sur le marché du travail.

Offrir des emplois décents aux jeunes demeure un défi majeur pour les décideurs d’aujourd’hui partout dans le monde, car les recherches à l’appui d’une création d’emplois efficace restent faibles et fragmentées. Avec l’aide de l’Initiative Think tank, nos partenaires jouent un rôle important en soutenant l’élaboration de politiques en faveur de l’emploi des jeunes. Grâce aux données essentielles qu’ils fournissent à propos des facteurs qui influent sur la création d’emplois dans leurs pays, les think tanks participent à l’effort collectif requis pour créer des emplois décents et productifs pour la jeunesse. 

Les think tanks: fournisseurs de données locales

La difficulté liée à l’élaboration de politiques et de programmes efficaces en faveur de l’emploi des jeunes réside notamment dans le fait que les besoins des jeunes en matière d’emploi reposent sur de nombreux facteurs, comme la situation économique, le niveau d’études et la situation géographique. Si l’on tient compte des spécificités du marché de l’emploi propres à chaque pays et à chaque région, l’équation devient encore plus complexe.

Dans ce contexte, les think tanks offrent des connaissances utiles aux décideurs grâce aux recherches locales et factuelles. Grâce à leur accès direct aux données et aux connaissances locales, ils dressent un portrait complet du type de politique à mettre en place pour répondre aux besoins des jeunes sur le plan de l’emploi. La recherche cible aussi des groupes qui ont peut-être été négligés par les politiques actuelles en faveur de l’emploi des jeunes, et elle évalue l’impact de ces politiques sur la jeunesse. Les think tanks savent bien qu’il ne suffit pas de rafraîchir les politiques d’emploi pour régler tous les problèmes et que les recherches visant à réformer le système éducatif sont elles aussi essentielles pour améliorer les perspectives d’emploi des jeunes. L’Asociación de Investigación y Estudios Sociales (ASIES) a compris cela et a fait campagne pour améliorer le système éducatif au Guatemala. Son agenda national pour une éducation de qualité a poussé le ministre de l’Éducation à appliquer certaines des réformes proposées, comme l’amélioration de la formation des enseignants et la décentralisation du budget de l’éducation, offrant ainsi aux jeunes la possibilité d’améliorer leurs perspectives d’emploi. 

Des angles d’analyse différents

Les think tanks comme ceux que soutient l’Initiative Think tank adoptent souvent un angle analytique différent pour effectuer leurs recherches. Leur caractère interdisciplinaire leur permet de présenter des perspectives inédites aux décideurs. Dans le cas de l’emploi des jeunes, différentes disciplines doivent être réunies pour améliorer la situation : c’est seulement en étudiant la question du point de vue de l’urbanisme, de la sociologie, de la migration ou de l’éducation que l’on peut comprendre les besoins des jeunes en matière d’emploi. Le projet de recherche interdisciplinaire financé par le Fonds d’activité de l’ITT sur le rôle des petites villes à l’égard des perspectives d’emploi des jeunes en Inde et en Indonésie illustre cet état de fait. Ce projet, mené par le Centre for Policy Research (CPR) de Delhi, en Inde, étudie comment les petites villes façonnent les perspectives d’emploi des jeunes femmes et des jeunes issus de régions non métropolitaines. Il utilise les données sur la migration, l’urbanisation et les marchés de l’emploi des petites villes indiennes pour proposer des réformes politiques aux petites municipalités. Ce projet comprendra aussi une analyse comparative avec des données sur l’Indonésie afin d’établir des parallèles entre les deux pays et d’apporter un éclairage sur la situation en Inde.

Le projet de recherche du CPR porte sur un aspect très précis de l’emploi des jeunes en Inde, mais il contribuera aussi à une meilleure compréhension du phénomène plus large de la migration des jeunes travailleurs actifs vers les petites villes. Cela met en lumière l’une des nombreuses valeurs que les think tanks apportent au débat sur les politiques : les différentes perspectives disciplinaires, les réflexions d’autres domaines politiques ou d’autres pays sur les tendances émergentes et, en raison de l’impartialité des think tanks, un aperçu critique et constructif des facteurs complexes qui influent sur des problèmes de politique délicats comme l’emploi des jeunes.

Étant donné que la jeunesse joue un rôle essentiel à l’égard du développement économique dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire, les think tanks se sont donné pour priorité d’orienter les politiques de leurs gouvernements qui visent l’emploi des jeunes et le marché du travail. Ce faisant, ils aident à créer des emplois pour les jeunes et à saisir les immenses possibilités de croissance et de développement que la jeunesse incarne et dont elle pourrait se prévaloir. On ne peut penser au développement sans inclure les jeunes. Les think tanks le savent et contribuent à concrétiser ce constat. 

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