Source: Gender at Work

[Ce blogue fait partie d’une série de blogues, Walking the Talk : Think tanks and Gender, qui décrit les réussites et les défis auxquels les Think tanks appuyés par l’ITT ont dû faire face dans la lutte contre l’inégalité entre les sexes. Cette série est sous la direction des associés de Gender at Work Carol Miller, David Kelleher et Aayushi Aggarwal, ainsi que de Shannon Sutton du Centre de recherches pour le développement international (CRDI).]

Il y a six ans, alors que j’avais 25 ans, j’ai eu la chance de commencer à travailler comme chercheur au Center for research and statistics de la Salvadoran Foundation for Economic and Social Development (FUSADES).

L’un des premiers projets sur lesquels j’ai travaillé était une étude sur la criminalité dans les transports en commun. Je me souviens n’avoir aucune idée de ce que je devais faire ou du point de départ à adopter, et j’avais même des doutes à ce sujet, mais avec l’aide de mes collègues et les conseils d’experts, nous avons entrepris une recherche qui allait changer ma façon de travailler et de voir les choses autour de moi.

Pendant cette période, j’ai découvert l’analyse qualitative et l’importance des statistiques désagrégées. Les résultats de la recherche étaient quelque peu prévisibles, mais l’un de leurs aspects était choquant. La plupart des gens ont dit que l’expérience de prendre l’autobus était chaotique et peu sûre, mais quelque chose d’inattendu s’est dégagé. Toutes les participantes ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel sous une forme ou une autre.

Ces résultats m’ont particulièrement surpris. Je suppose qu’en tant qu’homme, je ne suis généralement pas conscient de tous les problèmes auxquels les femmes doivent faire face; je m’attendais donc à ce que des crimes ordinaires comme le vol qualifié ou le vol apparaissent dans les résultats comme le principal problème à résoudre.

Lorsque nous avons présenté les résultats de l’étude à différents auditoires, toutes les femmes étaient d’accord avec cette constatation et se retrouvaient dans ce scénario. Pour la plupart des gens, ce sujet de recherche était pertinent, parce qu’il n’existait aucune donnée à son sujet.

À l’époque, la FUSADES avait lancé une nouvelle initiative pour les femmes au sein de l’organisation. Cet effort a porté l’étude à un nouveau niveau. Elle est devenue un modèle pour d’autres initiatives et recherches. Par exemple, elle a préconisé que toutes les études de FUSADES comprennent une approche sexospécifique dans leur analyse, en soulignant l’importance des différences entre les sexes; elle a également aidé à utiliser les leçons et la méthodologie de l’étude et à les appliquer à d’autres domaines de recherche.

En participant à cette étude, j’ai eu l’occasion de voir comment les institutions publiques, le secteur privé et de nombreux autres acteurs se reconnaissaient si fortement dans les résultats. La plupart des gens reconnaissent que le problème du harcèlement sexuel est un problème quotidien auquel les femmes doivent faire face lorsqu’elles prennent l’autobus. À un moment donné, j’ai été vraiment submergé par l’accueil et la réaction des gens, tout le monde a félicité FUSADES pour cette étude et a voulu apporter sa collaboration à la prévention de ce crime.

Comme si cela ne suffisait pas, l’Initiative Think tank (ITT) nous a demandé d’écrire un bref article sur l’impact de l’étude, qui a fini par faire partie de sa série d’histoires de réussite.

Au fil du temps, ITT a lancé un nouveau projet, le Projet d’action-apprentissage sur la sexospécificité, et je suis devenu membre de l’« équipe de changement » chargée de promouvoir l’importance de l’analyse comparative entre les sexes dans notre recherche et des pratiques sexospécifiques dans notre institution. Même si cela ne faisait pas exactement partie de mon cheminement de carrière, je me suis senti motivé à prendre la défense de la recherche axée sur la sexospécificité.

Ce que j’ai appris au cours du processus

La participation à des recherches axées sur la sexospécificité m’a beaucoup appris. Pourquoi est-ce important ? Eh bien, j’ai découvert que les problèmes, comme les obstacles sur le marché du travail ou les contraintes d’ordre éducatif, touchent les hommes et les femmes différemment. Un simple chiffre ne rend pas compte de la réalité d’un enjeu. Si vous voulez vous attaquer aux causes profondes d’un problème, il est important de comprendre comment il affecte particulièrement chaque individu. Toutes les solutions et propositions doivent également s’articuler autour de ces différences et doivent être orientées de cette manière si nous voulons vraiment résoudre un problème donné.

Toutefois, ce processus n’a pas été facile. Il y a des défis à relever en cours de route. J’ai découvert que, pour promouvoir l’analyse comparative entre les sexes dans notre recherche, nous devons parler le même langage en ce qui concerne la sexospécificité, nous devons comprendre que l’analyse comparative entre les sexes va au-delà des statistiques désagrégées ou de la mise en évidence d’un enjeu donné. Cependant, pour commencer à apporter des changements, nous devons convaincre tout le monde à s’engager dans la même direction.

En cours de route, j’ai constaté que certaines personnes ne comprenaient pas l’importance de l’analyse comparative entre les sexes et s’y intéressaient peu. C’était décevant, parce qu’une fois que je me suis rendu compte à quel point il est utile de comprendre comment un problème affecte les femmes et les hommes différemment, je voulais que les autres le voient aussi. En tant que centre de think tanks, il nous incombe de montrer l’exemple et de fournir suffisamment d’informations et de données aux décideurs politiques et aux autres parties prenantes pour qu’ils puissent améliorer la qualité de vie des gens.

Et maintenant ?

Il y a quelques mois, j’ai commencé un nouveau projet qui me motive et me passionne vraiment. El Salvador Cómo Vamos, un observatoire des indicateurs de qualité de vie visant à améliorer la transparence et l’efficacité du gouvernement, tout en informant et en responsabilisant les citoyens.

Dans le cadre de cette initiative, j’insisterai sur l’importance de la collecte de données afin de décrire les besoins et les problèmes auxquels les hommes et les femmes sont confrontés dans différents domaines. J’espère que le travail que j’accomplis pourra être utilisé par d’autres pour générer de nouvelles recherches, des études précises, des politiques publiques et des programmes qui, au bout du compte, amélioreront la qualité de vie des gens.

Je sais qu’il nous reste encore beaucoup à faire pour promouvoir l’analyse comparative entre les sexes dans la recherche, mais je sais que pour améliorer la qualité de vie, l’analyse comparative entre les sexes doit faire partie de l’équation.