Maintenant que le Canada a mis en place sa Politique d’aide internationale féministe, il est temps de penser au rôle de la recherche dans les discussions ainsi qu’à la façon dont nous investissons dans la production de connaissances. Dans le cadre de l’ambitieux Programme 2030 et de ses 17 objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD 5 portant sur l’égalité des sexes, comment allons-nous travailler ensemble pour établir la base de données probantes dont nous avons besoin pour progresser et nous assurer que personne n’est laissé pour compte.

[Note de l'éditeur: Le présent billet de blogue est le premier d’une série sur les think tanks et l'égalité des sexes qui sera publiée sous la direction de Shannon Sutton et Natalia Yang.]

Dans le cadre de l’Initiative Think tank (ITT), à laquelle je travaille, nous avons passé les huit dernières années à soutenir les organisations de recherche sur les politiques de l’hémisphère sud pour qu’elles fassent justement cela. Contribuant de façon essentielle aux ODD, les think tanks des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire combinent la recherche rigoureuse et l’interaction locale avec les citoyens et la sphère des politiques. Ils font le lien entre l’échelle locale et l’échelle mondiale, mettent en relation les citoyens avec les responsables des politiques, et génèrent des solutions à la fois créatives et concrètes. En particulier, le réseau Southern Voice, qui découle de l’ITT et comprend des représentants des 48 think tanks que nous avons soutenus ces dix dernières années, a travaillé à s’assurer que les think tanks du Sud participent aux discussions entourant le Programme 2030.

Nous avons récemment accueilli Debapriya Bhattacharya, Ph. D., du Centre for Policy Dialogue (CPD) au Bangladesh et du réseau Southern Voice ici à Ottawa. Ce fut l’occasion pour lui de nous rappeler que peu de recherches (moins de 10 %) émanent de chercheurs du Sud dans l’hémisphère sud. Il semble que nous continuions à percevoir la recherche comme une activité de chercheurs provenant de l’hémisphère nord ou s’y trouvant. Pourtant, les chercheurs du Sud connaissent mieux que personne le contexte local et sont dans une position idéale pour fournir les données probantes dont les responsables des politiques ont besoin pour réaliser cet ambitieux programme.

Voici un aperçu de leurs travaux concernant l’égalité des sexes et l’objectif 5.

Favoriser l’égalité des sexes

Une composante essentielle du programme de développement international consiste à offrir aux femmes et aux filles un accès équitable à l’éducation, aux soins de santé et à un travail décent, ainsi qu’une représentation dans les processus décisionnels politiques et économiques. L’égalité des sexes est un objectif explicite des ODD, et bon nombre des think tanks que nous soutenons lui ont accordé la priorité dans leurs plans de recherche et leurs politiques et pratiques organisationnelles.

Nous avons récemment communiqué avec les 43 think tanks de l’ITT en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud pour en savoir davantage sur leurs travaux sur l’égalité des sexes, et leurs réponses nous ont inspirés. Voici quelques exemples de la façon dont les think tanks favorisent l’égalité des sexes :

En prenant en compte les dimensions sexospécifiques de leurs politiques et pratiques organisationnelles. Le Center for Study of Science, Technology & Policy de l’Inde (CSTEP) suit une approche proactive pour traiter le harcèlement au travail. Il a mis en place une formation de sensibilisation obligatoire pour tous les membres du personnel, une nouvelle politique de traitement des griefs et un comité de réparation en cas de harcèlement sexuel.

En participant à des processus politiques qui favorisent l’égalité des sexes. Le Social Policy and Development Centre (SPDC) a démontré comment la violence dans les espaces publics peut limiter la participation et le rendement des femmes au sein de la main-d’oeuvre pakistanaise. Ces constatations ont guidé l’élaboration de la Protection against Harassment of Women at the Workplace Act (loi sur la protection des femmes contre le harcèlement en milieu de travail), qui comprend maintenant des mesures contre le harcèlement des femmes dans les espaces publics au-delà du milieu de travail.

En préconisant des chances égales pour les femmes dans le domaine de la recherche. Le réseau de recherche en sciences sociales du Pérou (SPDC) soutient l’autonomisation des femmes au travail en créant des espaces où les femmes peuvent faire part de leurs expériences.

En intégrant des considérations sexospécifiques à leur recherche, du début à la fin. Les organismes ougandais Advocates Coalition for Development and Environment (ACODE) et Economic Policy Research Centre (EPRC) ont organisé conjointement une formation en analyse sexospécifique pour les think tanks de l’Afrique subsaharienne.

En menant de la recherche sur des sujets sexospécifiques, notamment la violence faite aux femmes, l’accès aux services publics et aux emplois, et la santé des mères et des enfants. La Fundación Salvadoreña para El Desarrollo Económico y Social (FUSADES) a travaillé à améliorer la sécurité publique dans les transports en commun, tout en préconisant un comportement respectueux chez les usagers, spécialement envers les femmes et les jeunes filles.

Vous pouvez lire ces témoignages et bien d’autres dans le livret sur l’égalité des sexes que nous avons récemment publié.

Dans cette série

Comme il semble également important de s’assurer que ces organisations diffusent leurs témoignages elles-mêmes, nous avons invité quatre auteurs à rédiger des billets dans le cadre de cette série. Ainsi, nous espérons souligner tous les excellents travaux qui sont en cours au sein de ces organisations, tout en mettant en évidence la façon dont leurs efforts contribuent à la réalisation de l’objectif 5.

Dans le deuxième billet de cette série, Maria Balarin, du réseau Grupo Sofia, fait part de ses réflexions sur la sous-représentation des femmes dans la discipline universitaire des sciences sociales.

Dans le troisième billet de cette série, Job Eronmhonsele, du Centre for Population and Environmental Development (CPED) au Nigeria, nous parle des travaux réalisés par le centre sur la santé des mères et des enfants dans le delta du Niger.

Dans le quatrième billet de cette série, Lissette Calderón et Margarita Beneke de Sanfeliú, de la FUSADES, racontent le parcours suivi par leur organisation pour s’engager envers l’autonomisation des Salvadoriennes.

Dans le cinquième billet de cette série, Shrimoyee Bhattacharya, du CSTEP, parle des travaux réalisés par le centre pour élaborer des outils de planification urbaine aux fins d’égalité des sexes.

Dans le sixième et dernier billet de cette série, Natalia Yang nous transmet ses réflexions sur ces articles et nous propose des façons d’aller de l’avant.