D’importants engagements pour lutter contre les changements climatiques ont été pris l’an passé à l’échelle planétaire, avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris et des Objectifs de développement durable. Maintenant que nous nous sommes entendus sur des cibles à l’échelle mondiale, les gouvernements nationaux et infranationaux doivent mettre la main à la pâte et respecter leurs promesses en présentant des plans d’action, en consacrant suffisamment de ressources, et en mobilisant des acteurs clés pour obtenir des résultats. Certains pays progressent déjà à un bon rythme, alors que d’autres n’en sont qu’à leurs débuts. De nombreux think tanks, y compris un certain nombre d’institutions partenaires de l’Initiative Think tank (ITT) s’affairent déjà à trouver des solutions pour lutter contre les changements climatiques et peuvent aider les gouvernements dans leurs démarches. Ce billet de blogue est le premier d’une série qui présentera des exemples de contribution de think tanks à la lutte contre les changements climatiques.

[Note de l'éditeur : Nicole Lulham est administratrice de programme, Application des connaissances au sein de l’équipe de l’Initiative Think tank. Avant de se joindre à l’ITT, elle a travaillé au programme Changements climatiques au Centre de recherches pour le développement international. Le présent billet de blogue est le premier d’une série sur les think tanks qui sera publiée sous la direction de Nicole Lulham et d’Erika Malich. Les prochains billets présenteront des réponses possibles aux risques d’inondations au Pakistan, des occasions de financement additionnel pour la lutte contre les changements climatiques en Afrique orientale, et le rôle des collaborations à l’échelle régionale pour saisir les tenants et aboutissants de la pénurie d’eau qui s’aggrave dans la région de Gran Chaco, en Amérique latine, afin d’agir en conséquence. Le dernier billet de la série traitera de l’importance des communications dans la lutte contre les changements climatiques, ainsi que de celle de la transmission du savoir pour la prise de mesures éclairées en la matière.]

Des gestes prompts et efficaces sont essentiels pour limiter collectivement notre contribution aux changements climatiques à l’échelle planétaire tout en renforçant nos capacités d’adaptation et en atténuant les risques au niveau local. Heureusement, bon nombre d’accords internationaux et d’objectifs liés aux changements climatiques ont pris forme depuis un peu plus d’un an, ce qui témoigne d’un progrès important en matière de résilience. Ce premier billet de la série sur les changements climatiques du blogue de l’ITT présente quelques-uns des aspects principaux des changements climatiques sur lesquels peuvent intervenir les think tanks et comment ils parviennent actuellement à changer les choses. Voici quelques exemples :

Aider les gouvernements à définir leurs engagements climatiques

En décembre 2015, 196 États-nations et l’Union européenne se sont réunis à Paris afin de négocier les termes selon lesquels ils accepteraient d’adopter des mesures de lutte contre les changements climatiques et de parvenir à un accord en ce sens. Ils ont de plus présenté leurs contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) pour donner un aperçu des engagements qu’ils proposent à l’égard des changements climatiques. Ces négociations ont abouti sur l’Accord de Paris, qui vise à contenir la hausse mondiale de la température en deçà de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels

Et maintenant ? Les pays qui ont ratifié l’Accord de Paris – il y en avait 81 à l’heure d’écrire ce billet –doivent désormais s’efforcer d’atteindre leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) [remarquez l’abandon du mot « prévue » après la ratification]. On ne sait pas encore exactement comment les gouvernements financeront leurs CDN, les réaliseront, les mesureront et produiront des rapports d’étape à leur sujet. C’est une occasion en or pour les think tanks de collaborer avec leur gouvernement national pour l’aider à réaliser ses CDN et à respecter ses engagements.

En fait, de nombreux think tanks entretiennent d’étroites relations avec leurs gouvernements nationaux et aident à la fois à concevoir et à implanter des stratégies, des politiques et des plans de lutte contre les changements climatiques. L’Institute for Policy Studies a notamment travaillé avec le gouvernement du Sri Lanka pour préparer son Plan national d’adaptation 2016-2025.

Ajoutons qu’au vu du maillage des changements climatiques et du développement économique, nombreux sont les think tanks à collaborer avec leurs gouvernements nationaux pour veiller à ce que les plans de croissance nationaux encouragent également l’adoption d’un développement à faibles émissions de carbone. C’est le cas de l’Éthiopie, où le Ethiopian Development Research Institute a contribué à préparer le deuxième plan national de croissance et de transformation dont l’objectif est d’aider l’Éthiopie à devenir un pays à revenu intermédiaire et à être carboneutre d’ici 2025. 

Adapter des objectifs mondiaux à divers contextes nationaux

Beaucoup de gouvernements nationaux peinent également à interpréter les Objectifs de développement durable et à les adapter à leur contexte, y compris en ce qui concerne l’Objectif 13 de lutte contre les changements climatiques et certains autres objectifs qui traitent du climat.

Récemment, quelques institutions partenaires de l’ITT ont pris part à l’initiative Post-2015 Data Set (page en anglais), pour laquelle des think tanks ont cherché à attester l’existence de données utiles au suivi des progrès des Objectifs de développement durable dans sept pays. Elles ont dû déterminer des priorités et des indicateurs propres au contexte de leur pays respectif, puis elles ont examiné la disponibilité et la qualité des données aux fins de suivi des progrès.

Les conclusions de ce travail devraient servir à orienter les pays qui souhaitent incorporer les Objectifs de développement durable à leurs politiques et plans nationaux, ainsi qu’à mesurer et suivre les progrès et à produire des rapports d’étape (détails sur ces travaux).

Assurer un financement efficace et transparent

Lorsque vient l’heure de financer la lutte contre les changements climatiques, il est évident que les fonds publics de la plupart des gouvernements ne suffisent pas pour entreprendre une véritable lutte contre les changements climatiques. La situation est plus évidente encore pour les pays en développement, dont les budgets et les ressources sont d’ores et déjà assez limités.

Des instruments financiers sont déjà en place pour permettre le transfert de fonds à des pays en développement pour soutenir leurs efforts, mais naviguer parmi ces différents bailleurs de fonds et avoir accès à ceux-ci est un défi dans bien des cas. Ajoutons que bien des gouvernements sont dépourvus de systèmes pour recevoir, gérer les fonds pour la lutte contre les changements climatiques, et les redistribuer à d’autres acteurs clés, notamment aux chercheurs et aux partenaires qui contribuent à la mise en œuvre.

Des think tanks comme la Advocates Coalition on Environment and Development (ACODE) de l’Ouganda, le Institute for Statistical, Social, and Economic Research du Ghana et le Institute for Social and Environmental Transition – Nepal contribuent à rehausser globalement la reddition de comptes, l’affectation et l’efficacité en ce qui concerne l’utilisation des fonds publics pour lutter contre les changements climatiques. Dans un futur billet de ce blogue, l’ACODE nous en dira plus sur les possibilités d’augmenter les fonds consacrés à la lutte contre les changements climatiques en Afrique orientale.

De nombreux gouvernements doivent également mieux comprendre les besoins entrepreneuriaux afin de concevoir des ensembles de politiques qui encouragent le secteur privé à s’investir dans la lutte contre les changements climatiques. Vu leur compréhension des intérêts des différents acteurs, les think tanks peuvent aussi offrir leur aide à ce sujet. Le Center for the Study of Science, Technology, and Policy, entre autres, a travaillé conjointement avec le Bureau of Energy Efficiency du gouvernement indien en vue de concevoir des mécanismes de marché encourageant l’efficacité énergétique dans les secteurs du ciment, du fer et de l’acier (détails sur ces travaux).

Comprendre la vulnérabilité et recommander des solutions

Bien cerner la vulnérabilité est un élément essentiel pour mettre en place des mesures efficaces de lutte contre les changements climatiques. Quelles sont les principales menaces climatiques, qui sont les plus susceptibles d’en souffrir et à quelle échéance ? Connaître les réponses à ces questions permet de s’assurer que les politiques et les interventions visent des objectifs qui auront un impact maximal en matière de réduction des risques. De nombreux think tanks mènent des analyses de vulnérabilité ou déterminent les lacunes des politiques afin d’aider différents niveaux de gouvernement à augmenter leur résilience aux changements climatiques, tout en renforçant leur capacité de préparation et de réaction aux catastrophes climatiques.

Le Sustainable Development Policy Institute (SDPI), notamment, aide trouver des solutions pour réduire les risques d’inondation au Pakistan, l’un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques. Pensons également au Instituto para el Desarollo (ID) de Bolivie qui travaille en partenariat avec une foule de partenaires et d’acteurs de la région de Gran Chaco en Amérique latine pour acquérir une compréhension plus fine des impacts socioéconomiques des changements climatiques sur les ressources hydriques et sur la production agricole régionale. Dans un futur billet de ce blogue, le SPDI et l’ID ACODE nous en diront plus sur ces sujets. 

Ce qui nous attend

Nous n’en sommes qu’à nos débuts en ce qui concerne la lutte contre les changements climatiques : il reste tant à faire. Les aspects dont j’ai traité dans ce billet ne donnent qu’un aperçu des façons dont les think tanks peuvent contribuer aux changements, comme c’est d’ailleurs le cas présentement.

Lorsque nous regardons ce qui nous attend, il est clair que nous devons relever tous ensemble le défi du développement à faibles émissions de carbone. Les think tanks peuvent nous aider à répondre à des questions comme « comment atteindre un équilibre entre nos besoins énergétiques et des modes de développement adaptés aux changements climatiques ?» ou encore, « comment veiller à ce que la croissance écologique soit inclusive ? »

D’ici 2023 – dans à peine six ans –, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques évaluera les progrès vers l’atteinte de notre objectif collectif de limiter la hausse de la température mondiale en-deçà de 2°C. L’année précédente, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat aura publié son 6e rapport d’évaluation qui présentera les dernières découvertes de l’avant-garde mondiale de la recherche en climatologie.

Quels seront les résultats ? Ils dépendront beaucoup de l’intensité des mesures de lutte contre les changements climatiques que nous mettons en place en ce moment et qui ultimement, décideront de la hausse planétaire des températures moyennes et des effets sur le climat mondial pour les années et les décennies à venir.

En apprendre plus sur le travail des think tanks sur l'environnement et les changements climatiques:

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