Au Pakistan, qui se classe au 147e rang sur 187 pays et territoires selon l’indice du développement humain, les efforts en vue d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD) sont davantage une question de nécessité que de stratégie. Cependant, pour mener à bien le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et améliorer la santé et le bien-être de notre population, il faudra donner un sérieux coup de barre stratégique à tous les niveaux.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est encore plus complexe que le plan précédent (objectifs du Millénaire pour le développement), lequel n’a pas été respecté par mon pays malgré les efforts et les dépenses du gouvernement. Le Pakistan n’a réussi qu’à atteindre 4 des 41 des objectifs fondés sur des indicateurs qu’il s’était fixés et n’était pas en voie d’atteindre les 24 autres. Si j’en juge par ma propre expérience dans le secteur de la santé, certaines des raisons qui expliquent l’incapacité à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement comprennent un manque de planification adéquate en ce qui concerne les objectifs et les mesures connexes, l’absence d’une approche multisectorielle et la rareté des données pour le suivi et la planification.

Dans le cas des ODD, la tâche qui attend le pays est encore plus importante, puisque les 17 objectifs sont interdépendants. On ne peut donc pas les atteindre en travaillant en vase clos. La pauvreté est l’une des principales causes de mauvaise santé, et les coûts astronomiques associés aux soins de santé ne font que l’accentuer. De même, l’éducation, les changements climatiques, la gestion des déchets et les risques professionnels sont tous liés à la santé et à d’autres cibles. Il faudra adopter une approche multisectorielle et mobiliser une variété d’intervenants pour élaborer et mettre en oeuvre les politiques qui nous permettront d’atteindre les ODD.

Profil des intervenants concernés par les ODD santé

En faisant l’étude du profil des intervenants dans le but de promouvoir les ODD relatifs à la santé au Pakistan, j’ai constaté que les efforts déployés par le pays pour atteindre les objectifs étaient encore timides. Bien que de nombreux intervenants s’efforcent de mener à bien le Programme de développement durable à l’horizon 2030, le type d’effort concerté dont les organisations non gouvernementales, les groupes de réflexions, le milieu universitaire, les médias et les gouvernements ont désespérément besoin semble faire défaut. Les ODD nécessitent non seulement une approche multisectorielle, mais aussi la participation sincère de nombreux intervenants.

Pourtant, nous avons l’occasion, au Pakistan, de mobiliser ces différents intervenants dans le cadre de groupes sur les ODD mis en place pour assurer la coordination et la supervision stratégiques du Programme. Ces groupes sont formés à l’échelle nationale, au sein du ministère de la Planification, du Développement et des Réformes, et à l’échelle provinciale, au sein de services de planification et de développement. Dans les deux cas, on a mis sur pied des comités centraux pour faciliter la représentation de tous les intervenants. En outre, un secrétariat sur les ODD et un groupe de travail constitué de parlementaires réalisent des travaux aux échelles nationale et provinciale. En ce qui a trait à la santé, on est également en train de mettre sur pied des groupes sur les ODD au sein du ministère de la Santé fédéral et au sein des services de santé provinciaux. Les liens entre ces groupes et les groupes de travail demeurent toutefois quelque peu flous.

Malheureusement, la collaboration de ces groupes avec des groupes de réflexion, des universités et des organisations non gouvernementales se limite pour l’instant à des réunions consultatives et à des discussions qui mènent à peu de mesures concrètes. En outre, la plupart de ces discussions excluent les intervenants et les organisations actives à l’extérieur de la capitale fédérale et des capitales provinciales. Pourtant, ces organisations connaissent souvent les enjeux d’une manière plus intime que les autres et sont celles qui pourraient apporter la contribution la plus importante.

Bien que les discussions nationales sur les ODD ne s’intensifient que lentement, nous avons de bonnes raisons de rester optimistes. Les groupes sur les ODD existants peuvent jouer un rôle charnière en améliorant la coordination effective entre les intervenants, y compris entre les différents ministères et services, en vue d’établir une feuille de route détaillée pour la mise en oeuvre des ODD au Pakistan.

Vers l’avenir

Comme première étape dans l’élaboration d’une feuille de route pratique, le groupe fédéral pourrait organiser un forum national. Cet événement réunirait tous les acteurs pertinents pour discuter de leurs rôles actuels, analyser leurs forces et leurs faiblesses, s’entendre sur les responsabilités, déterminer les méthodes à employer pour le suivi des progrès et se doter d’une feuille de route pratique comme vision nationale collective, au lieu de travailler en vases clos. On ne saurait se passer d’une telle feuille de route, qui comprendrait des rôles et des responsabilités clairs associés à des objectifs et à des indicateurs de rendement, pour donner la parole à tous les intervenants et s’assurer qu’ils assument la responsabilité de leurs actes et atteignent par conséquent les ODD. Un forum réunissant de nombreux intervenants et secteurs permettrait non seulement aux participants de partager avec les autres les progrès qu’ils réalisent dans l’atteinte d’un but commun, soit le développement durable, mais aussi de leur rendre des comptes sur les obligations et les cibles qui leur sont attribuées.

Dans ce type d’arrangement, le gouvernement devra assumer un rôle de direction tout en donnant aux différents intervenants gouvernementaux et non gouvernementaux la latitude nécessaire pour une consultation et une participation plus approfondies. Ce n’est qu’en adoptant une approche intégrée et inclusive que le Pakistan a une chance d’atteindre les ODD.

Veuillez noter qu’il s’agit ici des opinions personnelles de l’auteur et que celles-ci ne correspondent pas nécessairement avec celles de l’Initiative Think tank.